Les gens qui affichent leur bonheur en vitrine, sourire scandaleusement éclatant et brushing de publicité, ont le don de m'énerver. Ils promènent de merveilleux enfants, conduisent des voitures familiales qui polluent moins que les autres, rénovent des maisons déjà trop belles pour moi et se soulagent dans des cuvettes design plus propres que nos lavabos. Les gens ostensiblement heureux m'énervent. Le bonheur à néons me gonfle. Ce qui m'exaspère chez ceux qui brandissent leur joie de vivre comme une carte de visite, c'est cette volonté à peine voilée d'insulter le voisin. De le réduire à l'état d'être inférieur, pas assez doué, pas assez beau, pas assez brillant. Pas assez bien. Même pas heureux.

Pourtant, les imbéciles heureux me font penser à ces vieilles dames un peu précieuses qui s'aspergent de litres d'eau de toilette capiteuse. L'abus de parfum est toujours suspicieux. La vieille qui empeste les essences rares a de bonnes raisons de polluer nos narines. Elle veut à tout prix masquer les effluves de sa culotte salie par des fuites urinaires incontrôlables ou un anus artificiel qui n'est plus couvert par la garantie du constructeur depuis qu'elle a zappé le traditionnel entretien après 10.000 kilomètres.
Les gens trop heureux, c'est pareil. Ils nous éblouissent de leur félicité en espérant créer une diversion. C'est une réaction d'auto-défense primaire, comme celle du putois qui arrose l'ennemi d'un liquide puant quand il se sent en danger. Les gens trop heureux ont trop de choses à nous cacher. Ils nient leur malheur parce qu'ils sont incapables de le gérer, parce qu’ils en ont peur. Leurs problèmes de prostate, les factures qui s'accumulent trop vite, le robinet qui fuit, la petite dernière surprise en train de se palucher devant un film brouillé, tout cela n'existe pas.
Les gens trop heureux sont trop peureux. Les gens trop heureux sont trop malheureux.
Méfiez-vous du bonheur au carré.
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