jeudi 17 septembre 2009

EASI 2 : la poire



Richard est différent, c'est toujours un enfant. C'est resté dans ses gènes, dans ses cheveux, dans ses yeux, dans ses orbites. Il recueille, affaibli, les fleurs d'un cimetière enfoui sous six tonnes de terre glaise, pendant que ses parents s'enfilent quelques bouteilles de Poire William, l'oeil vitreux et profond. "Qu'ont-ils fait de leurs années, Richard ? Qu'ont-il bu de si sacré ?" Renferme-toi dans tes psaumes écorchés, reste assis sous la verrière des jours. Quand ils repartiront sur leurs bicyclettes rouillées, quand ils reviendront sur un bateau doré, tu jureras tes grands dieux ne les avoir jamais vus. Pourtant la victoire n'est plus si proche, mais tu restes accroché à ce désir éphémère, mille fois réprimé, jamais effacé.

Reprends-toi, Richard. Reviens parmi nous. Ne laisse pas la béchamel ensevelir ton seul avenir. Ressaisis-toi. Crache, pue, éjecte. Laisse sortir la honte qui te pourrit les veines. Renvoie la mer et ressors le ciel. Tu ne perdras pas, Richard. Tu ne perdras pas.

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Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle,
Assise aupres du feu, devidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous esmerveillant :
Richard me celebroit du temps que j'estois belle.

Lors, vous n'aurez servante oyant telle nouvelle,
Desja sous le labeur à demy sommeillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille resveillant,
Benissant vostre nom de louange immortelle.

Je seray sous la terre et fantaume sans os :
Par les ombres myrteux je prendray mon repos :
Vous serez au fouyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et vostre fier desdain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain :
Cueillez dés aujourd'huy les roses de la vie.

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